Dis moi qui est ton client…

Comment choisir le cabinet ou l’agence qui va traiter mon dossier ? Est-ce que l’image et la compétence d’un cabinet est définie par le type d’affaires qu’il traite ?

Ce sont des questions légitimes pour un client en devenir, au moment de choisir un enquêteur qui entrera dans les détails de sa vie professionnelle, personnelle, voire intime.

Il existe un débat dans la profession en France (comprenant les inévitables querelles de clocher qui y sont liées), concernant l’image renvoyée par les cabinets d’enquête selon le type d’affaires qu’ils gèrent. Il existerait, pour certains, une sorte de gradation dans les affaires, celles concernant le milieu des entreprises étant jugées plus « sérieuses » ou valorisantes que les affaires familiales ou sociales.

Très honnêtement, cette gradation n’a aucun sens pour moi. De plus, deux missions pour le même type de client, voire basées sur le même cadre légal, peuvent s’avérer radicalement différentes dans leur réalisation, voire aussi difficiles.

Prenons le cas le plus « courant », le plus imagé, celui qui colle (à tort ou à raison) à la peau de notre profession : le divorce.

Il est possible que l’enquête ne soit constituée que de surveillance et de filature, permettant de démontrer le début de vie commune de Monsieur avec une « autre » Madame (ou inversement).

Il est également possible qu’il faille démontrer un montage juridique et financier prémédité de la part de Monsieur (ou Madame), permettant d’évacuer (souvent à l’étranger) la majeure partie des fonds constituant ses revenus afin de ne déclarer au juge qu’une partie de ses revenus réels. Bien sûr, le montant de la prestation compensatoire (ou de la pension alimentaire s’il y a enfants) en serait nettement modifié…

Mais on peut même imaginer que cette typologie d’affaire prenne une toute autre ampleur. La relation extra-conjugale et le divorce de Jeff Bezos en sont un bon exemple : les intérêts professionnels et personnels sont étroitement mêlés et les enjeux sont à la fois personnels, financiers, mais aussi politiques (ne pas oublier que l’on parle du poids mondial d’Amazon, de l’influence des mots du Washington Post et des importances stratégiques d’AWS et de Blue Origin). Le cas d’Amazon est bien sûr unique par sa taille et ses enjeux démesurés, mais rapporté à une échelle « normale », courant dans son principe.

Pour répondre à la question de cet article donc, je considère que mon métier, c’est l’enquête.

C’est comprendre la situation d’un client, pour aller chercher des informations cruciales à la défense de ses intérêts et ce, soit sous forme d’informations brutes, soit sous forme de preuves exploitables dans un contentieux juridique. C’est un état d’esprit, un mindset comme on dit outre-manche ou atlantique, et une technique en soi, une sorte de curiosité naturelle structurée.

C’est la raison pour laquelle il n’est à mon avis pas nécessaire de se spécialiser dans une matière (notamment juridique) pour être compétent et pertinent en tant qu’enquêteur face à une problématique client, quelle qu’elle soit. Les cadres juridiques nous permettent de naviguer, mais notre métier, me semble-t-il, c’est la collecte, le traitement et l’analyse d’information.

Alors est-ce que l’on peut se spécialiser dans un domaine ? Oui, par choix personnel, intérêt intellectuel ou financier. On a tous un domaine de prédilection, un ou des thèmes que l’on maîtrise sur le bout des doigts. Mais encore une fois, est-ce nécessaire ? Je ne le pense pas. Dans mon esprit, tout l’intérêt de ce job (chacun voyant bien sûr midi à sa porte), c’est de pouvoir travailler sur tous types de dossiers. C’est ce qui en fait sa richesse intellectuelle et humaine.

En définitive, chaque cabinet est libre de choisir ses clients, sans que sa compétence ne soit remise en question en raison de la typologie habituelle d’affaires qu’il traite. C’est, à mon humble avis, un non-débat.

Au client de se positionner donc, par rapport à l’historique du cabinet, ses recommandations et son ressenti lors du premier échange.