C’est probablement l’une des questions que l’on me pose le plus souvent. Et qui sont mes clients, justement, c’est là toute la beauté de ce job.
Un client égal une affaire. Passer d’une affaire à une autre, c’est changer d’univers, de zone géographique, peut être de culture, de milieu social ou intellectuel. C’est, si tant est que l’on soit un peu attentif et que l’on reste le plus objectif possible face aux faits, une formidable étude du genre humain.
On trouve bien sûr de grandes catégories de clients : professionnels, associations, service public ou particuliers. Je vais tenter d’en brosser pour chacun un portrait rapide.
Commençons par les professionnels.
Dans le cas d’une entreprise commerciale, on fait généralement face à deux situations : l’anticipation de problèmes et la résolution de problèmes.
Par l’obtention de renseignements, un décideur peut éviter un problème avant qu’il ne survienne. C’est le créneau sur lequel se placent les sociétés d’intelligence économique et stratégique et les cabinets de renseignement comme le mien.
Quelques exemples :
- Chef d’entreprise, je souhaite ouvrir une filiale ou un bureau en Asie centrale et évaluer les risques de toutes nature (juridiques, économiques, fiscaux, sécuritaires…), afin de savoir si c’est une opération qui « vaut le coup », et si oui, comment m’y prendre pour éviter les déboires éventuels.
- Recruteur au sein de cette entreprise, j’ai besoin de vérifier les antécédents et l’éthique du candidat local à un poste de management de cette structure, qui aurait, admettons, un droit de regard sur les finances.
- Directeur des achats, je veux être sûr qu’un partenaire potentiel, usine de fabrication ou d’assemblage basée dans un autre pays, respecte mes standards de qualité et de conformité.
La deuxième situation, celle de la résolution de problèmes, est très courante en France.
Les cas présentés ci-dessous sont malheureusement monnaie courante et je ne doute pas qu’un dirigeant d’entreprise se reconnaisse dans l’un d’eux :
- Mon directeur commercial est parti il y a 6 mois, mon assistante de direction il y a 2 mois et le responsable d’entrepôt il y a 3 mois. Mon chiffre d’affaires a ralenti, voire a commencé à baisser plus ou moins drastiquement, et j’apprends qu’une structure juridique au nom de mon ex-directeur commercial a été créée. Comment vérifier ou démontrer l’existence d’une concurrence déloyale ? Ou une rupture de clause de non-concurrence ?
- Je remarque qu’il existe des erreurs de stock trop importantes pour être de la simple perte ou variation annuelle. Est-ce du vol externe ? Du coulage de marchandise ? Est-elle revendue sous le manteau en direct ou via Leboncoin ?
- L’un des associés de ma société présente toutes les caractéristiques du détournement de fonds et/ou de l’abus de bien social, que faire et comment ?
- Comment gérer un cas de harcèlement interne ?
Il serait impossible de lister l’ensemble des problématiques rencontrées par les entreprises commerciales, en France ou à l’international, et dans lesquelles l’obtention de renseignements (pour éviter), ou l’apport de preuves exploitables devant la justice (pour démontrer), s’avère nécessaire voire crucial.
Sans tomber dans une liste à la Prévert, voici en guise d’illustration quelques cas régulièrement rencontrés : concurrence déloyale, contrefaçon, trafic, viol de clause de contrat (notamment non-concurrence et confidentialité), arrêt de travail abusif, travail dissimulé, vol, coulage, dégradations, intrusions, abus de biens sociaux et détournement, ou encore harcèlement et violences.
Viennent ensuite les compagnies d’assurance.
Un gros morceau. L’Agence de Lutte contre la Fraude à l’Assurance (ALFA) estime pour 2022 à 587 millions d’euros le montant global de la fraude identifiée.
Par définition donc, le montant réel de la fraude concernant les compagnies françaises est bien supérieur et ne peut qu’être estimé. Autant dire que c’est un enjeu énorme.
Il faut bien comprendre que le concept sur lequel est basé l’assurance, et dont la fraude découle, c’est le risque :
- Est-ce que j’accepte, en tant que compagnie d’assurance, de couvrir le risque de mon client ? Suis-je donc sûr que le risque que l’on me demande de couvrir est bien le risque réel ?
- Est-ce qu’en tant que compagnie d’assurance, lorsque le risque survient (lorsque le sinistre se déclare), je suis sûr que la façon dont s’est déroulé le sinistre est bien conforme aux conditions de prise en charge contrat signé avec le client ?
C’est une partie très intéressante des activités du cabinet, surtout dans les cas de fraude en réseau. Nous y reviendrons.
Les associations maintenant.
Les enquêtes sont aussi diverses que les causes défendues par ces organisations et les cadres juridiques sur lesquels nous pouvons baser notre intervention : fraudes et trafics, maltraitances, criminalité financière et détournements, recherches de personnes, cold cases, etc.
Dans certains cas et à l’instar des avocats, il peut m’arriver d’intervenir pro bono. C’est un choix. En tant que profession libérale, nous avons l’avantage de pouvoir fixer librement le montant de nos honoraires.
Le service public ensuite.
Lorsque je parle de service public, je parle essentiellement de collectivités.
Les affaires qui les concernent sont généralement les mêmes que celles des entreprises (fraude, vol, personnel indélicat…), avec néanmoins quelques spécificités liées à la nature même du service public : cas de corruption et de criminalité financière ou de lutte contre le dépôt sauvage d’ordures.
Là encore, il y aura des choses à dire.
Les particuliers, enfin.
La première image qui vient à l’esprit généralement, c’est celle des cas de divorce et d’infidélité. Ces missions existent et constituent toujours une part importante du marché de l’enquête privée, mais les domaines d’intervention réels sont en réalité bien plus vastes : escroquerie, vol, recherche de personnes disparues ou de débiteurs, maltraitance, cas d’emprise et abus de confiance ou de faiblesse, contre-enquête pénale et cold-cases, garde d’enfant… et bien sûr, divorce et ses conséquences.
Il s’agit d’une clientèle à part, simplement parce que l’on parle d’individus, d’humains, plus ou moins rationnels dans leur gestion de l’affaire qui les touchent, et non de structures régies par des codes et des processus.
Notre métier consiste littéralement à entrer dans la vie des clients pour apporter une solution, ou une partie de la solution, à un problème. Dans le cas des particuliers, leur mode de vie, leurs moeurs, leur vision des choses, sont l’essence même de l’affaire. Il s’agit d’aller toucher à ce qu’ils ont de plus cher : leur intimité. Et, plus que pour toutes les autres typologies de clients, l’approche humaine, l’empathie et la psychologie sont primordiales dans notre relation à eux.
Voici donc, en bref, un aperçu du panorama.
Il est nécessaire de bien garder à l’esprit que chaque situation est différente et chaque client est différent. Il serait dommage et illusoire d’essayer de résumer la variété existante des affaires que nous pouvons être amenés à traiter en un article, mais j’essaierai de dresser le portrait le plus fidèle possible de notre activité au fil des publications.