Bienvenue dans cette lettre

Enfin, je me suis décidé à publier, 6 mois après avoir écrit ce premier article.

C’est l’été 2025, ma dernière mission vient de se terminer. Assis dans un hall d’aéroport, un café à la main, je me rends compte à quel point ma vie a changé ces derniers mois. Comme une période de transition m’incitant à faire une synthèse de mon passé, professionnel et personnel, permettant à un nouveau chapitre de commencer.

Et je me suis dit que c’était peut-être le moment d’écrire. Je m’appelle Charles, j’ai 35 ans, je suis détective privé.

Écrire, parce que l’enquête est entre autres une pratique intellectuelle. Chaque mission alimente une réflexion, les périodes de transition entre deux opérations étant des moments de pause et de remise en question, de formation et d’entraînement.

Écrire, structurer une pensée, c’est – à mon sens – une manière de progresser, de capitaliser un savoir et une expérience, comme un chercheur publie ses hypothèses, ses méthodes ou ses résultats. 

Alors on cherche, on s’interroge, on teste, on affine et on recommence.

Publier, c’est mettre à l’épreuve ce que l’on sait, montrer ce que l’on fait et ce que l’on croit bien faire, et accepter de prendre les retours des plus anciens ou des plus jeunes. Tout ce que j’écris est donc par essence discutable et d’autres pourront me corriger, m’opposer leurs vues ou compléter les miennes.

Avec la maturité professionnelle vient l’envie de confronter ses idées. Ça aussi, je crois, aide à atteindre l’excellence.

Dans ma pratique, les rapports et autres documents analytiques que j’écris sont techniques, factuels, froids. Les plus précis possibles, les plus objectifs possibles. Ils sont conçus pour que le client comprenne ce qui est, ce qui est possible et ce qui est probable, pour que sa pensée soit, autant que possible, vierge de biais et qu’il puisse prendre ses décisions (ayant notamment des conséquences juridiques ou financières) en pleine conscience.

Ici, je veux écrire autre chose, coucher librement « sur papier » le fruit de mes réflexions, de mes interrogations et de mon expérience. Quelque chose d’accessible, sans jargon inutile. Cette publication est donc volontairement peu structurée, pour laisser libre cours à mes envies d’écriture : des affaires que j’ai pu traiter, des retours d’expérience terrain, des sujets d’étude et d’enquête divers et, quelque part au milieu, mes réflexions de vulgum pecus contemporain quelque peu anticonformiste.

De l’armée en 2010 à mon activité actuelle, j’ai tenté de récupérer le plus de compétences possible à l’intérieur du même spectre technique. J’ai cherché l’information. Je l’ai protégée aussi. Certains ont vu (et d’autres pourraient voir) cette expérience comme erratique, même si un parcours, quel qu’il soit, n’est pas jugeable en soi. Le monde professionnel en général pousse à l’hyperspécialisation. Elle permet bien sûr l’expertise pointue, mais peut aussi entraîner une perte de vision d’ensemble.

Dans tous les cas de figure, l’avantage des métiers de terrain est que la compétence, comme sur un stand de tir, se voit immédiatement au résultat.

Ces quelques lignes de présentation serviront pour ceux qui me liront, qu’ils comprennent professionnellement d’où je viens et qui je suis aujourd’hui. On est toujours le résultat de ses expériences. A ce propos, les américains ont une phrase que j’aime bien, you do you. So i do me.

Certains articles, surtout les premiers, donneront sûrement à d’autres enquêteurs ou aux spécialistes du métier l’impression d’enfoncer des portes ouvertes. J’espère que vous trouverez néanmoins dans d’autres sujets matière à réflexion, discussion, désaccord et remarques.

Petite précaution « oratoire » enfin, valable pour cette publication comme pour les autres : je ne suis ni Magnum, ni James Bond. La réalité et la fiction sont deux choses bien différentes.

Mais il est vrai que c’est un drôle de milieu.

Bienvenue dans cette lettre.